Comme un bonjour de bienvenu, le gardien du temps de poche de Gabriel de Rumine se tenait droit comme un "i" suspendu dans le temps, dans une vitrine blanche à gauche des premières marches de l'escalier à la moquette bleue moelleuse. Sur son fond, les intiales de Gabriel, travaillées et gravées en relief, font briller mes yeux ainsi que de sa chaîne en vermeil dont le sceau me ravit....Je lis sur son cadran en émail: César Vacheron & Cie, Genève. Ce gardien du temps acquis en janvier 2010 grâce à la générosité de M. F. Paulsen, Consul honoraire de la Fédération de Russie à Lausanne a trouvé sa véritable place.
Je grimpe désormais les deux étages pour accéder enfin à cette vaste salle ou les photos en noir et blanc d'Henriette Grindat m'attendent. Lausannoise et photographe ayant vécu à Paris, je ne pouvais me faire l'offense de ne pas l'admirer. Je m'attarde de nouveau sur la photographie numéro quatre de l'ombre d'une main tenant en son creux une sphère de cristal. Je découvre enfin son titre: "Je deviens bulle de savon". Ainsi, légère comme cette dernière, je vole d'oeuvre en oeuvre, de mes yeux curieux, j'emplis mon coeur et mon corps meurtri de toute l'énergie positive qui s'en dégage. Je vole entre les fils ou des masques sans vie attendent désespéremment des yeux humains pour vivre enfin. Sur un billot de verre un couple de têtes de poissons aspire au dernier baiser, leurs yeux encore tout écarquillés ("Au miroir tachés des vitrines l'air fauve du suicide").



Puis les deux couples d'amoureux sur la plage immaculée de sable fin blanc; l'un couché se serrant tendrement regardant les beautés du ciel, l'autre assis se chargeant uniquement de l'étreinte de leur amour. Quel doux moment, mon coeur se remplit de chaleur. Quatre personnes s'aimant infiniment (Peniscola 1961)....
Le regard pénétrant d'une vieille dame transperce mon âme. Je lis la crainte, l'imploration, je vois ses lèvres pincées et les rides de son front, je ne sais ce qui la tourmente mais j'aurais aimé le découvrir (Elche 1962)....
Un chat noir errant dans la rue désolée d'Ibiza déambule de maison en maison cherchant âme qui vive et nourriture (Ibiza 1960) alors que deux photos plus loin un festin d'harengs luisant comme un tournesol, dans un tonneau de bois irradie de ses rayons nos yeux gourmands (Ibiza 1956)
Dans la deuxième salle une Venise qui souffre (Venise 1954-1957), la désolation de ses murs, l'eau croupie de ses rues, ses gondoles vides et le théâtre de la Fenice avec ses lustres aux pampilles de crital avant le feu de joie et sa restauration.
L'Isle sur la Sorges (1950): deux arbres penchés ayant essuyé tous les caprices du temps, se tiennent encore debouts par leur volonté de vivre, avant tout. Jean de la Fontaine les assimilerait au roseau....Bravo!
Algérie (1952): des vagues de sable formant le désert ainsi que des vagues de nuages blancs se reflétant dans la mer, déferlent sur la plage de mon esprit.
Egypte et Nil 1958-1959 avec l'aridité de ses sols offrant ses béantes fissures au monde comme un cadeau divin, un squelette dont la peau asséchée est venu se coller harmonieusement aux os, un rappel de ce qui nous attend inévitablement....
René Char et Albert Camus ne sont, eux aussi, pas sortis indemnes de ces clichés, d'ailleurs je me permets cette petite phrase: "Cher Albert, tu n'étais finalement pas étranger...."
Chloannie 13.03.10
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