Je sens les origines russes de Gabriel de Rumine me pousser sur ma droite pour rejoindre l'ancienne école de dessins, école des beaux Arts devenue Espace Arlaud en hommage au peintre mécène. S'y donne actuellement l'exposition du photographe russe Vladimir Mishukov " Le culte de la famille".
Je franchis la fameuse porte aux poignets tête de lion et m'introduis dans le hall en pierre froide.
Je commence par la gauche respectant la politique du pays exposé. Une grande salle, des spots sur rail au plafond, accueille en ses murs nombre de photos en noir et blanc de familles russes habitant à Moscou ou dans sa périphérie. Les familles sont étiquetées selon leurs corps de métiers. Intéressant de constater que plus ces dernières sont aisées plus on voit de cuisines équipées et plus les bouches se décrispent. Je scrute tour à tour les portraits immortalisés, quelle tristesse parfois. Mon coeur se serre. Rares sont les sourires, une sorte de rigidité buccale propre à ce pays. Les intérieurs se suivent mais ne se ressemblent pas, se mêlent tour à tour le sérieux du mobilier du corps policier, le High Tech du financier d'une boîte privée, le foutoir du menuisier, l'exiguïté de la pièce du chauffeur de bus, la précarité du plombier, le savoir lettré du psychologue, la bobo attitude du chirurgien. Chaque famille compte en moyenne trois enfants. Un taux de natalité impressionnant. Fait-il si froid l'hiver que l'on reste sous la couette pour pérenner les futures retraites?
Je grimpe les escaliers en pierre usées par les étudiants et cette fois-ci je décide de pénétrer par la droite de mon âme et conscience, dans la deuxième grande salle. Toujours aux murs ces photographies de visages parfois patibulaires et tristes, parfois malicieux et heureux dans les yeux. Je suis attirée par une photo peu orthodoxe: un directeur marketing dans la communication, chauve, dans le salon de son loft s'adonnant à l'hindouisme. J'esquisse un petit sourire. Puis un chat tricolore se fondant dans la tapisserie d'un fauteuil, que l'on distingue à peine. Les vieilles demeures russes gardent leurs interrupteurs à hauteur d'homme alors que les nouvelles se voient parées des artifices européens. Des pieds, des pieds partout, des pieds nus câlins, des pieds chauds chaussettes, des pieds protégés chaussons, des pieds élégants chaussures du dimanche. La troisième salle comme un couloir m'amène dans la quatrième.
Je prends le temps de m'assoir, à bout de force. J'admire le parquet en bois brute rénové avec ses multiples croix. Le silence me transperse. Je refais le monde dans ma tête. La douleur me sied si bien que j'essaye d'en faire mon alliée. Elle me donne l'occasion de m'arrêter sur les choses les plus simples, d'en apprécier toutes les valeurs et m'offre une étrange sérénité.
Le gardien vient me déloger, déjà 17 heures comme le temps passe vite. Je me lève et délaisse les visages de la Russie contemporaine éclairés par les spots en rejoignant de nouveau Chopin et ses nocturnes....
Chloannie
27.02.10
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