lundi 8 mars 2010

"Autant aimer autant" le Musée historique de Lausanne

N'ayant plus que la peau sur les os, j'ai tout de même sorti mon museau par ce froid sibérien pour aller visiter au Musée historique de Lausanne l'exposition de photos en noir et blanc d'Henriette Grindat. Quelques flocons de neige ont tracé mon chemin vers la place empruntée "74" d'un parking à l'arrière de la cathédrale de notre chère Cité. Ces étoiles éparses venues du ciel gris souris m'accompagnent jusqu'aux portes vitrées de l'entrée du Musée. Pendant l'accueil chaleureux d'une femme à l'accent légèrement britannique, je me décoiffe de ma chapka en lapin et ouvre ma veste de poils. Nous échangeons quelques mots et me déplace en frôlant de mes pieds la moquette bleue, moelleuse, des quatre premières marches de l'escalier quand on me stoppe nette. Je ne peux visiter l'exposition; se donne actuellement une rencontre-débat menée par Laurent Golay (directeur du Musée) sur la dite artiste et son oeuvre. Chagrinée, je rebrousse chemin et me faufile sur ma gauche pour visiter le Musée historique. Je commence par la première vitrine proposée sur ma gauche aussi, retraçant la naissance de notre assurance incendie. Je souris. J'admire l'ancienne calculatrice. Que de chemins parcourus depuis cette époque....




Georges Bridel caché dans le coin droit d'une autre vitrine attire mon attention. Imprimeur de son état, patron, patriarche, paternel. Un trois "P" parfait, dont l'adjectif à peine écrit vient élaborer le quatrième "P". Ses ouvriers et ouvrières peuvent encore à travers le temps être fiers d'avoir travaillé pour cet homme juste et bon.







Je passe en revue les articles du Bazar Vaudois, et je revois Zola en train de rédiger "Au bonheur des dames": les étalages de dentelles, les porte-monnaie nacrés coquillages, les hauts de forme noirs et l'argenterie rutilante.

















Puis Manuel Frère café (maison fondée en 1845) dont la promotion m'aimante, je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec Mariage frère (maison fondée en 1854) dont la saveur des thés me transporte et me fait voyager depuis des années, surtout l'Earl Grey impérial....











Je cligne mes paupières en guise de bonjour à Adrian Constant de Rebecque, un des premiers photographes amateurs que j'avais déjà eu l'occasion de croiser à l'Elysée.











La roue du temps s'arrête pour moi quelques instants. L'araignée prend sa place dans mon imagination et me rappelle la photo de Byan Wong, la tour Eiffel et ses pattes arachnéennes. Je suis touchée aussi par les quelques mots d'Alfred de Bougy, littérateur et bibliothécaire français ayant vécu à Lausanne avant l'année 1840, que je me permets de retranscrire "Je ne décrirai point cette cité escarpée, montueuse, mal pavée, presque inaccessible aux voitures, mais à laquelle la bizarrerie même de son assiette , le hérissement de ses flèches élancées et de son clocher...donnent une physionomie des plus pittoresques" Le tour du Léman 1846. Lausanne reste encore, même à notre époque une magnifique ville escalier, avec ses descentes et ses montées incessantes. De quoi nourrir l'exercice physique et nos battements cardiaques....Il faut une certaine endurance et une endurance certaine pour y vivre et l'apprécier comme je l'apprécie.










Je suis d'origine argovienne, née à Zofingen, donc zofingienne de pure souche, je ne pouvais passer à côté du fondateur de la société d'étudiants "Belles-Lettres" Charles Monnard, professeur à l'académie enseignant la littérature dès 1817. Vade Retro chère chair de Sapins Verts! Mais je m'incline tout de même respecteusement vous saluant.





















Une pause s'impose bien que les chants des sirènes des proues de bateaux me retiennent. Je vois dans le miroir de la glace les rayons du soleil qui m'interpellent. Je me détache des liens du mât et tel Ulysse je marche pour une nouvelle quête.





















Je me pare de nouveau de ma chapka et referme mon blouson de poils pour admirer, bouche bée, les jardins du Musée. Une pure beauté! Les rayons solaires caressent mon visage emmitouflé. Je prends le temps de me reposer et de me ressourcer. La nature a cela de bon en elle; elle le transmet volontiers à qui veut bien en user.






















Je reprends ma visite par la salle de musique. Un demi-queue m'accueille en ses bras dans cette salle intime aux poutres de bois brunes. Mon coeur se serre. Je dois m'assoir, des vertiges, un trop plein d'émotions me remplit, j'entends de nouveau Chopin et ses Nocturnes, Beethoven et sa Lettre pour Elise, Debussy et son clair de lune....Je finis ma visite par le plan Buttet (1638), le plus ancien plan visuel de la ville de Lausanne, dessiné à la plume sur papier et coloré à la gouache par David Buttet lui-même. Sa signature m'emplit de bonheur. En son ventre le "D" porte les deux mamelons du "B", l'un dans l'autre, ils ne forment plus qu'un....





















Il est temps désormais d'aller admirer ce que j'étais venue voir en lieu premier. Je frôle de nouveau la moquette bleue moelleuse des escaliers, et grimpe les deux étages pour arriver dans une grande salle ou photos en noir et blanc d'Henriette Grindat m'attendent. J'ai à peine le temps de me focaliser sur la photo numéro quatre de l'ombre d'une main à quatre doigts embrassant en son creux une boule transparente de cristal, que l'on me prie gentiment de regagner les portes de la sortie. Je regarde tristement mon gardien du temps qui m'indique effectivement les 17 heures. Je m'en retourne avec la volonté de revenir la semaine prochaine. Juste un au revoir pas un adieu....

6.03.10
Chloannie

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